la nourriture de l’esprit  


le regard sans concession d’une femme sur son combat pour pouvoir allaiter naturellement
PAR EMILY, MÈRE D’UN PETIT GARÇON DE 8 MOIS

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L’autre jour, alors que je quittais mon cours de musique avec mon petit bout de 6 mois fermement calé sur ma hanche, je discutais avec une toute nouvelle amie également jeune maman. Dans la précipitation, elle m’a fait savoir qu’elle devait rentrer chez elle au plus vite pour pouvoir tirer son lait pour le prochain repas de son bébé de 9 mois. Cela faisait plusieurs mois que je n’avais pas entendu cette expression et cela m’a fait l’effet d’un coup de poing dans l’estomac. Une multitude d’émotions m’a subitement envahie tel un nuage noir : culpabilité, sentiment d’échec, épuisement. Ce qui est triste, c’est que je me suis également surprise à juger ma nouvelle amie, un peu comme vous jugeriez la nouvelle reine de beauté du lycée, laquelle vous a en plus volé votre petit-ami. « Elle allaite toujours ?!? » ai-je pensé. « Beurk ».

Bien entendu, ce jugement à l’emporte-pièce n’était que l’expression de ma propre jalousie. Elle vivait MON rêve ! La culpabilité que je n’avais plus ressentie depuis des mois me faisait subitement suffoquer. En fait, je suis sûre que ma sympathique amie a bien vu les flammes qui dansaient dans mes yeux. « Arrête ça tout de suite ! » me suis-je dit silencieusement. 

Je me suis reprise en serrant très fort mon bébé, que je voyais heureux, et surtout, en pleine santé. Je l’ai embrassé sur le front et me suis apaisée. Tout allait bien. Il allait bien. En fait, il est merveilleux. Chacune a poursuivi son chemin. Elle est rentrée chez elle pour tirer son lait. Et je suis rentrée chez moi pour agiter mon biberon de lait en poudre bio. 

Lorsque j’ai appris que j’étais enceinte, comme toutes les futures mamans le font probablement, je passais mon temps à imaginer quel genre de mère j’aimerais être. Pour résumer, je voulais être « la meilleure version de moi-même ». Je serais ouverte d’esprit, drôlement affectueuse, pas trop stricte, pas trop laxiste et j'essayerais tout. Et si cela ne marchait pas, je passerais à autre chose. C’est également l’approche que j’avais de l’allaitement maternel. Grâce à une conseillère en allaitement avec 30 ans d'expérience et des tonnes de livres traitant du sujet à portée de main, j’étais impatiente de pouvoir à mon tour transmettre ce fluide vital à mon enfant pendant les 12 prochains mois. 

C’est alors que la réalité s’est imposée. Et aucun livre ne m’avait préparée à ce que j’allais vivre lorsqu’il s’est avéré que mon lait n’était pas suffisamment abondant pour satisfaire les besoins de mon insatiable bébé de 4,5 kg. Quant à mon ancienne résolution : « J’essaierai et si ça ne marche pas, je passerai à autre chose », autant dire qu’elle appartenait déjà au passé. En fait, je ne me souviens pas avoir pensé de la sorte, pas même l’espace d’un instant. Je voulais ce qu’il y a de mieux pour mon bébé et je pensais que l’allaitement naturel était la meilleure option pour nous. 

Alors que faire ? En tous cas, pas ce que j’étais en train de faire : paniquer. J’étais si angoissée par le fait de ne pas avoir de lait à donner à mon bébé pleurant de faim et auquel je refusais également de donner du lait en poudre que je me suis littéralement effondrée lorsque j’ai croisé par hasard la meilleure amie de mon mari en pleine rue, un jour de tempête à New York. Pleurant de façon hystérique, j’ai raconté le moindre détail de mes problèmes d’allaitement en essuyant les larmes qui coulaient sur mon visage. Je ne me contrôlais plus du tout.

J’avais l’impression que mon corps me trahissait, que je manquais à mes devoirs envers mon bébé, et je ne suis pas quelqu’un qui supporte facilement l’échec. En désespoir de cause, j’ai consulté mon médecin et pédiatre dans la foulée. C’était un combat entre moi et la quantité de lait que je produisais et j’étais bien décidée à le gagner. J’ai pris toutes les vitamines possibles et imaginables – y compris du galéga officinal. J’ai fait bouillir des os de poulet pour en boire le bouillon (c’est efficace). Et à moi seule, j’ai acheté tout les tisanes d'allaitement vendues à Manhattan. Et tout cela a réellement été efficace. Mais au bout de 8 semaines épuisantes durant lesquelles j’ai désespérément tenté de maintenir ma production de lait à un certain niveau, la réalité s’est imposée : je n’avais pas assez de lait pour satisfaire tous les besoins nutritionnels de mon enfant. Une fois parvenue à ce constat, j’ai fait une longue promenade afin de me faire à l’idée que les laits en poudre étaient ma seule option. Je devais nourrir mon enfant. 

J’ai donc effectué des recherches dès l’aube afin de déterminer quel lait donner à mon bébé. J’ai lu tout ce qui concernait les laits en poudre et dressé une liste des avantages et inconvénients des principales offres sur le marché. Après avoir consulté mon médecin, j’ai commencé à introduire lentement des laits en poudre bio dans l’alimentation de mon bébé et c’est ce qu’il mange depuis l’âge de 8 semaines. Il est bien nourri, a un repos de qualité, grandit bien et surtout, il est heureux. Et ce que j’ai fini par réaliser, c’est qu’à chaque étape du développement se pose un nouveau défi. Mes rêves d’allaitement ne se sont peut-être pas réalisés, mais je sais désormais que chaque nouveau jour auprès d’un bébé apporte son lot de nouveautés. Ce sont la flexibilité et l’ouverture d’esprit qui mènent loin. 

Fort heureusement, je ne pense plus que mon enfant me reprochera un jour ses échecs futurs en invoquant le fait qu’il a été nourri au lait en poudre bio. Tout ira bien pour lui, car les laits en poudre ne représentent qu’une petite part du gâteau. J’ai décidé – et l’expérience le prouve – que l’amour inconditionnel et la compassion sont ce qui permet de faire les efforts nécessaires. Alors que je suis assise en train de regarder mon enfant qui s’entraîne à ramper, je suis remplie de joie en pensant que quelle que soit la voie où le mèneront ses petites jambes, ce ne sont ni les laits en poudre bio ni le lait maternel qui lui permettront de rester debout. 



crédit photo : © Blend Images Photography /Veer
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